Le Guêpier d’Europe (Merops apiaster) séduit par son plumage multicolore. Cet oiseau migrateur est sans doute l’un des plus beaux à observer sous nos latitudes. Véritable arc-en-ciel volant, il charme par ses couleurs chatoyantes, son chant distinctif et ses acrobaties aériennes. Pourtant, une idée reçue persiste : celle d’un oiseau nuisible, dévastateur pour les ruches et les abeilles, qu’il faudrait éloigner. En réalité, le Guêpier est un régulateur efficace, notamment contre les frelons asiatiques, et un précieux indicateur de la qualité de son environnement. Il est très recherché par les amoureux de la nature, notamment ceux qui cultivent un jardin naturel. Voici comment l’accueillir chez vous (spoiler : planter des fleurs ne suffit pas).
Le Guêpier d'Europe : l'arc-en-ciel volant de nos jardins 🌈
C'est à croire que la nature s'est lâchée, un matin de grand vent sur les landes bretonnes, pour peindre le Guêpier d'Europe. Franchement, entre nous, cet oiseau ne ressemble à rien de ce qu'on croise sur la mangeoire du dimanche ! Je me souviens de ma première rencontre avec lui : une flèche turquoise qui file sous un ciel chargé, deux plumes effilées dansant à l'arrière comme la queue d’un cerf-volant indiscipliné.
Son plumage ? On dirait qu'un peintre fou a tout mis d’un coup : un ventre bleu turquoise éclatant, une gorge jaune citron qui tranche net avec le bronze chaud du dos, et cette calotte brun noisette, presque cuivrée. Ce n’est pas fini : une bavette jaune ourlée d’un collier noir souligne son port altier. En vol, sa silhouette élancée semble taillée pour la vitesse et l’élégance – longue comme un fuseau, bec fin légèrement arqué et deux filets caudaux dépassant derrière lui.
Si tu entends un "pruut pruut" roulé et métallique voler au-dessus des hautes herbes, tu peux lever les yeux : c’est lui, rarement ailleurs.
La Fiche d'Identité du Guêpier
| Caractéristique | Description |
|---|---|
| Taille | Environ 28 cm |
| Envergure | Jusqu'à 49 cm |
| Signes Particuliers | Long bec fin et arqué, gorge jaune vif, deux longues plumes caudales distinctives |
| Chant | "pruut pruut" roulé et liquide, sonore en vol |
Un oiseau du jardin ? Oui, mais pas n'importe lequel !
Allez savoir pourquoi... On croit toujours qu'il suffit de poser une boule de graisse pour attirer tous les oiseaux du quartier – eh bien là, c'est raté ! Le Guêpier d'Europe n'a rien du moineau charmeur venu picorer sous la table. Non non : lui réclame un jardin qui crépite de vie sauvage ! Si ça bourdonne sec côté insectes (libellules dodues, bourdons trapus…), là seulement il va s'intéresser à votre bout de terrain.
Mais soyons honnêtes : ce bel oiseau a aussi des exigences dignes d’un vieux tailleur de pierre – il veut pouvoir creuser un terrier dans une pente sablonneuse ou argileuse. Ici commence vraiment l’aventure du jardin naturel… et je vous promets que si vous répondez à ses caprices (et j’insiste), il vous offrira chaque été un spectacle comme on n’en voit pas ailleurs.
Comment attirer le Guêpier d'Europe dans votre jardin naturel ?
Jouer les bâtisseurs : créer un micro-habitat pour sa nidification
Franchement, entre nous, si vous deviez ne garder qu’un seul secret d’artisan pour séduire le Guêpier, c’est celui-ci. Oubliez les pseudo-« hôtels à oiseaux » du supermarché ! Ce gourmet exige la matière brute : une butte de terre bien fichue, comme un vieux muret de carrière oublié.
Ce que mon grand-père aurait fait ? Il aurait rassemblé un mélange de sable et d’argile (env. 70% sable, 30% argile ou terre de jardin collante), monté le tout contre une clôture ou en fond de terrain – orientation sud/sud-est, histoire de capter les premiers rayons. L’inclinaison ? Presque raide, genre 80-90°, car le guêpier veut une façade verticale à creuser. Et surtout, il aurait tassé à la main pour que la paroi tienne mais reste assez meuble sous le bec.
Ne lésinez pas sur la hauteur : minimum 80 cm, c’est là que ça devient vraiment tentant pour lui creuser tunnel. Petit clin d’œil breton au passage : laissez l’herbe folle grimper sur la partie supérieure et gardez une bordure propre en bas – effet sauvage garanti et stabilité préservée !
1. Emplacement ensoleillé et dégagé (sud/sud-est)
2. Mélange terrain-sable-argile, bien tassé
3. Paroi quasi-verticale (>80 cm de haut)
Le garde-manger idéal : un buffet d'insectes à volonté
Sans insectes abondants qui bruissent et bourdonnent, aucun guêpier ne s’installera chez vous. Pas besoin d’être un expert : un peu de bon sens paysan suffit pour transformer votre terrain.
- Semez une prairie fleurie avec des vedettes locales : lavande, phacélie, trèfle blanc, bourrache, vipérine, cosmos…
- Oubliez définitivement les pesticides (et dérivés « bio » bidons inclus !)
- Prévoyez une mare aux abords flous et sauvages — elle attirera libellules et tout un monde ailé.
- Conservez quelques coins sauvages, tas de branches ou haies libres : abris parfaits pour hyménoptères.
- Installez quelques fagots de tiges creuses (ronces sèches, sureau), des hôtels à insectes maison si vraiment ça vous démange.
- Entretenez quelques orties/rosiers en bordure : gîte assuré pour nombre d’auxiliaires volants.
À force de laisser faire la nature sans chipoter sur l’ordre du carré potager, on récolte un vrai festin… Pour preuve, chez ma voisine Maïwenn (83 ans bien tassés), son talus croule sous les abeilles charpentières depuis qu’elle a laissé sa lavande partir en pagaille — et bizarrement, plus un puceron sur ses rosiers !
L'importance des perchoirs : un poste de guet pour le chasseur
Il faut être sacrément urbain pour penser que « propreté » rime avec biodiversité… Le Guêpier est avant tout un affûtiste génial : il a besoin de points hauts dégagés où scruter sa future proie. Quelques branches mortes oubliées par mégarde sur votre vieux pommier font parfaitement l’affaire ; sinon deux-trois piquets droits plantés façon tuteur à tomates dans la prairie suffisent amplement.
L’idée n’est pas esthétique mais stratégique ! Sur ces miradors improvisés (à 1m au moins du sol), il se poste inlassablement telle une sentinelle bariolée prête à fondre sur bourdon égaré.
Laissez donc traîner ce que la ville qualifierait d’encombrant ! Chaque bout de bois sec devient ici un poste d’observation idéal.
Au menu du Guêpier : que mange vraiment cet oiseau ? 🐝
Le Guêpier d’Europe n’est pas un simple pique-assiette. C’est un fin gourmet aérien dont la technique de chasse est presque un spectacle vivant.
Un chasseur d'hyménoptères hors pair (mais pas que !)
Imaginez-le, félin de l’air, qui fonce tout droit dans la mêlée bourdonnante. Les hyménoptères – guêpes, frelons, bourdons – sont ses proies favorites, mais il ne s’arrête pas là : cigales dodues, libellules, papillons costauds et parfois même de gros diptères (taons) passent à la casserole !
Sa méthode est impressionnante : après avoir saisi l’insecte en vol, il se perche sur une branche, assomme la proie d’un coup sec du bec, puis frappe l’insecte contre la branche pour retirer le dard et vider les glandes à venin. Ce savoir-faire est remarquable. Certains naturalistes suggèrent une possible résistance au venin, mais l’oiseau évite tout risque inutile.
Alors oui : son menu varie selon l’abondance locale et la saison (si cigales en pagaille en juin ? Il s’ajuste direct !). Mon oncle Ludo jurait avoir vu un guêpier dévorer trois libellules XXL d’affilée… Avant de piquer un somme au soleil, repu comme un goéland de port.
Le Guêpier et les abeilles : tordons le cou aux idées reçues !
C’est LA rengaine qui agace tout ornitho qui se respecte… On entend partout que le Guêpier serait « l’ennemi public numéro un » des ruches. Or les études sérieuses démontrent qu’il grignote bien quelques abeilles domestiques – mais ceci ne représente qu’une infime partie de son régime alimentaire (souvent moins de 5% en moyenne !).
Localement, on évoque parfois des pertes pour les apiculteurs (entre 0,3% et 5% des abeilles prélevées par le guêpier), mais aucune ruche saine n’est menacée par ses visites. Ce redoutable chasseur régule naturellement les populations de frelons, y compris asiatiques, qui sont bien plus destructeurs pour les abeilles.
Loin d'être un problème, le Guêpier d'Europe est un indicateur de la bonne santé d'un écosystème et un précieux régulateur des populations d'insectes, y compris celles qui peuvent être problématiques.
Amis apiculteurs, respirez profondément et observez ce chef-d’œuvre volant. Le véritable fléau pour vos ruches vient des pesticides, frelons invasifs ou maladies, pas du Guêpier européen.
Nidification et vie de famille : l'intimité du Guêpier d'Europe
Un oiseau bâtisseur : le creusement du terrier
Creuser un terrier n’est pas donné à tous les oiseaux, mais le Guêpier d’Europe est un architecte hors pair des falaises tendres. Oubliez les nichoirs en bois : ici, c’est un tunnel creusé à la main (bec et pattes). En colonies denses, parfois plus de 10 à 20 couples sur un talus, chaque oiseau creuse sa galerie dans la paroi sablonneuse, souvent en bord de rivière ou dans une carrière abandonnée.
Le chantier est spectaculaire : chaque couple gratte, gratte sans relâche pour ouvrir un tube pouvant filer jusqu’à 1m à 2m de profondeur (vous imaginez la quantité de terre déplacée ?!). Le diamètre du tunnel, à peine suffisant pour laisser passer deux ailes repliées, débouche sur une chambre sommaire où seront pondus 4 à 7 œufs nacrés. Parfois il faut près de deux semaines d’effort acharné pour creuser la galerie parfaite. L’ambiance est bouillonnante ! Dans ces colonies bruyantes, les cris métalliques, vols croisés et rivalités fusent, mais l’entraide est aussi présente en cas d’alerte. L’union fait la force chez ces Meropidae, et voir ces parois hérissées de becs colorés vaut vraiment le détour.
La vie de couple et l’élevage des jeunes
La tendresse se mêle à la voltige colorée ! La saison des amours commence par des parades où le mâle exhibe son plumage irisé. Il offre surtout des insectes en cadeau nuptial, comme un bourdon dodu ou une libellule brillante, remis bec à bec à sa compagne (attention à ne pas se tromper, madame est exigeante).
La construction finie, le couple se relaie patiemment pour couver les œufs au fond du tunnel sombre pendant environ trois semaines. Pas question ici que madame fasse tout : monsieur partage la tâche (allez savoir pourquoi cette égalité n’a pas fait tache d’huile ailleurs…). Suit le ballet effréné du nourrissage : deux adultes font sans cesse l’aller-retour entre prairie et nid, jusqu’à 300 passages quotidiens lorsque les poussins ont faim. Dans les colonies bretonnes ou rhodaniennes, une solidarité unique s’observe : parfois, un adulte nourrit même les petits d’un autre couple.
Sous la falaise battue par le vent ou sous un talus mordoré du Léon, c’est toute une micro-société qui s’organise autour de l’envol fragile des jeunes guêpiers.
Où et quand observer le Guêpier d'Europe en France ? 🗺️
Le Guêpier d’Europe est un voyageur infatigable, parcourant chaque année les savanes africaines jusqu’aux rives françaises. Dès la mi-avril, surtout sur le pourtour méditerranéen, il se fait entendre et admirer, ramenant avec lui un parfum de terres lointaines. Il quitte l’Afrique tropicale ou méridionale où il passe l’hiver au chaud pour retrouver nos paysages lumineux.
Jusqu’à fin août, parfois septembre, ces arcs-en-ciel volants animent les ciels du Sud. Dès que la lumière décline, ils reprennent la route du sud. Leur arrivée est souvent le signal que les beaux jours sont là ; leur départ laisse un vide chez ceux qui savent lever les yeux.
Les meilleures régions pour l’apercevoir
Cet oiseau a des préférences bien marquées et ne se rencontre pas partout au hasard. Il affectionne particulièrement :
- La moitié sud de la France : vallée du Rhône (Drôme, Ardèche), Isère, Midi-Pyrénées, Tarn, Lauragais, Corse – oui madame !
- Il gagne lentement du terrain vers le nord : repérages réguliers en Île-de-France (Essonne surtout), Bourgogne, Jura, Lorraine et même quelques coins du Finistère.
- Des stations estivales inattendues existent aussi en Charente ou sur certains grands talus ferroviaires…
Biotopes et sites à privilégier pour vos observations :
- Berges naturelles de rivières (non bétonnées : Loire moyenne, Garonne sauvage…)
- Anciennes carrières ou sablières abandonnées (laissez tomber les parkings !) ;
- Talus abrupts de terre au bord des chemins agricoles ou voies ferrées.
Il ne suffit pas d’un champ quelconque pour l’attirer : c’est dans ces lieux bruts aux reliefs friables que l’on a le plus de chance d’apercevoir leurs silhouettes bariolées filer sous le soleil. Ces spectacles sont rares et vivifiants pour ceux qui patientent face à une berge sillonnée par leurs cris roulés.
Le Guêpier d'Europe en bref : vos questions, nos réponses
Quel est le chant du Guêpier d'Europe ?
Le chant du Guêpier d'Europe est unique et ne se confond pas avec celui d’autres oiseaux comme la fauvette ou le pinson. Il émet un "pruut" roulé, liquide et métallique. Certains entendent aussi un "trrrup" ou un "gruik" traînant, semblable à une petite sonnaille. Ce son clair et répétitif se fait souvent entendre avant même de voir l’oiseau (source : Oiseaux.net). Pour les oreilles bretonnes, c’est la musique des champs ouverts sous le soleil, annonciatrice des beaux jours.
Comment différencier le mâle de la femelle ?
Différencier le mâle de la femelle est difficile, même pour les experts. Sur le terrain, c’est quasiment impossible sans avoir les deux oiseaux côte à côte. Le dimorphisme sexuel est faible : la femelle a des couleurs légèrement plus ternes, un dos parfois verdâtre et des plumes d’épaules moins dorées que le mâle (naturealsacebossue). À l’œil nu, c’est introuvable, sauf chez les juvéniles qui sont plus pâles.
Le Guêpier d'Europe est-il une espèce protégée ?
Le Merops apiaster bénéficie du statut d’espèce protégée en France depuis l’arrêté ministériel du 29 octobre 2009 (faune-flore.fr). Cependant, son avenir reste incertain. L’artificialisation rapide des berges, la remise en état excessive des anciennes carrières et l’usage massif de pesticides menacent ses sites de nidification et réduisent ses ressources alimentaires.




